Regards

Mosquée de Damas, Syrie, 2001.

Mosquée de Damas, Syrie, 2001.

Les résonances font se rencontrer des lieux, des êtres, des formes, pour révéler un sens au moyen de l’exercice photographique. Des portraits d’artistes et d’anonymes, des visages qui visent à traduire un partage. Mais aussi des « pierres vivantes », traces de ce qu’ont tenté de bâtir l’esprit et l’énergie des hommes, qui appellent à la méditation.

Même en voyant deux dos d’enfants indiens dans la cour d’un mausolée moghol, je me sens regardé par eux. Sans cela, que serais-je ?

Dire, tandis qu’ils s’éloignent, que leur spectacle « nous touche », n’est pas un « cliché » mais une « image ». Pareille image prend office de langage pour un photographe, qui fait de la « grâce » (le don) qu’il reçoit un mot de son vocabulaire graphique.

Regarder passer le monde, où l’on n’est soi-même que passant. Les regards ne sont jamais univoques, ils ne délivrent pas qu’un seul message. Regarder autant que l’on est regardé. Un regard n’est véritablement humain que s’il s’établit dans la réciprocité. Elle supporte la réalité ou la métamorphose en art.

Mais c’est aussi la rencontre improbable qu’ose la sensibilité, pour avoir rencontré des lieux, des peuples, des arts apparemment étrangers les uns aux autres, et pour avoir désiré les faire résonner entre eux. Un contrechant fait soudain jaillir une harmonie, construite sur la différence, pour dessiner une unité, qu’on appelle le sens.

La rencontre, c’est celle de la pierre et de l’esprit ; de la matière et de l’âme ; de l’architecte que je faillis devenir et de l’être spirituel que je nourris sans cesse. C’est la rencontre dans les pierres vivantes, passées ou présentes, de ces traces qui nous disent qu’une quête d’Absolu s’est façonnée entre les mains de ceux qui tournent les yeux vers le ciel animés d’un autre sentiment que la crainte ou le souhait d’une pluie naturelle.